Interprétation interculturelle des droits de l'homme
En dehors des pays occidentaux, d'autres traditions relatives à l'histoire des idées et d'autres
expériences socio-historiques prévalent et forment un contexte différent pour l'interprétation des droits de l'homme.
Ainsi, la Charte africaine de Banjul des droits de l'homme et des peuples (1981) met l'accent, en raison des traditions historiques
et des valeurs
africaines et de l'expérience de la colonisation, sur
les droits collectifs des peuples, par ex. le droit à l'autodétermination.
De même, dans la sphère culturelle islamique et en Chine, la compatibilité des droits de l'homme
avec les religions et les traditions respectives est très discutée. Exemple : sphère culturelle islamique Exemple : tradition confucéenne en Chine
Chronologie de l‘histoire des droits de l‘homme
Les droits de l'homme dans la sphère culturelle islamique
Aujourd'hui, il existe en fait trois points de vue dans le débat islamique sur les droits de l'homme :
1) On accepte les institutions « occidentales » des droits de l'homme, de l'État de droit et de la
démocratie et on relativise la loi religieuse islamique (la charia).
2) On revendique une application absolue de la charia et on relativise les droits de l'homme en conséquence.
3) On cherche à associer les droits de l'homme et la démocratie à la tradition islamique.
En 1981, le Conseil islamique pour l'Europe de Paris présente la Universal Islamic Declaration of Human Rights
(Déclaration islamique universelle des droits de l'homme).
En 1990, les ministres des Affaires étrangères de la Conférence islamique annoncent la Cairo Declaration on Human
Rights in Islam (Déclaration du Caire sur les droits de l'homme dans l'islam).
Les deux déclarations renouent avec les droits de l'homme modernes, sans pour autant vraiment les accepter.
En effet, les deux documents partent du principe que l'islam dispose d'ores et déjà d'un « code idéal » des
droits de l'homme avec le Coran. La déclaration du Caire insiste sur le fait que tous les droits et libertés
des individus relèvent finalement de la charia.
Le problème est que la charia entrave des aspects décisifs des droits de l'homme universels (liberté de religion,
droit de la famille, de succession et pénal). La validité des droits de l'homme dépend de l'interprétation de la
charia par les érudits (oulémas et mollahs).
La relation entre religion et État, et donc l'influence de la charia, diffère entre les divers pays islamiques.
De façon analogue, la situation juridique des droits de l'homme varie en fonction de la constitution du pays.
Dans la plupart des pays islamiques, on constate toujours des entraves évidentes aux droits de l'homme.
Les droits de l'homme dans la sphère culturelle confucéenne.
Le confucianisme ne connaît pas l'image d'un dieu personnel (contrairement au judaÏsme, au christianisme et à l'islam).
En Chine, le « ciel » est considéré comme un ordre transcendant, un principe supérieur, par rapport auquel est mesuré
l'ordre terrestre. Ainsi, au temps du confucianisme (6ème siècle av. J.-C.), les souverains et les sujets avaient des
devoirs déterminés et l'empereur chinois devait rendre des comptes au « ciel ».
Avec la fin de l'empire chinois et l'établissement d'une république de Chine au 20ème siècle, les droits de l'homme et
la démocratie sont également discutés dans ce pays. Après la prise de pouvoir de Mao en 1949, les droitséconomiques et
sociaux passent au premier plan, mais les libertés politiques sont ignorées, comme dans tous les États communistes.
La notion de droits individuels, au sens occidental du terme, est largement étrangère à la tradition chinoise.
Au 19ème siècle, il a fallu créer un nouveau mot pour désigner cette notion. En 1991, dans son document intitulé
Droits de l'homme en Chine, le gouvernement chinois réaffirme la priorité des droits collectifs (surtout au niveau
du développement économique) sur les droits individuels.
Aujourd'hui, dans de nombreux pays asiatiques, on cherche à conjuguer la tradition culturelle propre à la notion
de droits de l'homme. Ainsi, les « valeurs asiatiques » mettent l'accent – dans la lignée de la pensée confucéenne –
sur la responsabilité des individus vis-à-vis de la société et du bien commun et il est évident que les droits de
l'homme vont de pair avec les « devoirs de l'homme ».