Compréhension et dialogue, préalables indispensables à une éthique planétaire :
« Il est possible que nous nous apercevions que nous pouvons réconcilier l'immense force d'action que recèlent les grandes religions du monde. »
Hans-Georg Gadamer : Compréhension et dialogue, préalables indispensables à une éthique planétaire
Comment apprenons-nous à vivre ensemble ? Comment la communication interculturelle se met-elle en place ? « Si la question est de comprendre comment l'homme est capable de désamorcer les conflits humains grâce à la communication, non seulement sur le plan social et politique, mais également sur le plan culturel, la philosophie de Hans-Georg Gadamer est la plus à même de nous fournir des réponses à cette interrogation. Son incroyable longévité en fait le témoin privilégié d'un siècle d'histoire, le XXe siècle, de sa naissance à Breslau en 1900 à sa mort en 2002 à Heidelberg. Au cours des années vingt, il occupe les fonctions d'assistant d'Heidegger à Marbourg. En 1939, il est appelé à enseigner à l'université de Leipzig. Durant la période nazie, il reste extrêmement discret quant à ses opinions politiques. En 1947, après quelques démêlés avec les autorités d'occupation soviétiques, il part pour Francfort, avant de rejoindre l'université de Heidelberg en 1949 pour y prendre la suite de Karl Jaspers. La question fondamentale qui sous-tend l'œuvre de Gadamer est de savoir comment promouvoir une pratique communicationnelle commune, réfléchie, et axée sur la compréhension mutuelle à une époque en proie à d'immenses menaces et à une effervescence irréfléchie ? Gadamer partage avec Martin Heidegger, son professeur, la conception selon laquelle la technique contribue à l'aliénation de la conscience de l'homme. La connaissance transmise par les médias, l'information, n'éclaire pas la conscience, comme on pourrait s'y attendre. Lorsque l'on s'informe, on rassemble des données. Cela n'exige aucun effort de réflexion. Au contraire, cette démarche a plutôt tendance à empêcher toute réflexion. Le succès n'appartient pas à celui qui réfléchit longuement, mais à celui qui recueille le plus d'informations possible et agit rapidement, sans consentir aucune réflexion poussée. C'est ainsi qu'apparaît une nouvelle structure des actions humaines : il est impératif de s'adapter le plus adroitement possible à la technique et à ses règles, si l'on souhaite exister en ce monde. Agir ne consiste plus qu'à suivre les règles de la technique, et non plus à réfléchir à ses actions. C'est ainsi qu'en cas de problème avec son avion, le pilote se reporte aujourd'hui à son manuel. Il suit à la lettre les « règles de sécurité » lorsque le cockpit est en feu, par exemple. Gadamer affirme que dans un tel contexte, l'évolution moderne ne débouche pas sur davantage de réflexion, mais sur moins de réflexion, et donc moins de raison. [...] Nos actions ne consistent plus à coopérer avec autrui, mais à utiliser adroitement des machines. Face à une telle évolution, comment promouvoir une pratique communicationnelle réfléchie, ouvrant la voie vers des actions responsables ? Cela ne passe en aucun cas par la poursuite de la technicisation de notre monde, ni par un flux toujours plus important d'informations, ni par des invocations idéologiques. D'après Gadamer, l'individu devrait pouvoir agir plus facilement de façon réfléchie : pour ce faire, il doit échanger avec autrui, parler avec lui, et chercher à tenir une conversation véritablement vivante. » (1) « Les sciences et les technologies modernes font miroiter aux hommes la possibilité de dominer le monde. À l'inverse, Gadamer place ses espoirs dans l'idée que la discussion pourrait faire contrepoids à la technicisation du monde. Car parler signifie pour Gadamer vivre, ce qui ne se produit pas dans les structures techniques. L'homme ne s'élève pas au-dessus de la vie, pas plus qu'il ne s'élève au dessus du langage, afin de les contrôler tous deux. Il vit au travers du langage et avec lui. » (2) « En 1982, en plein débat sur les traités SALT et alors que se développe une conscience environnementale, Gadamer écrit les phrases suivantes, précurseures du projet d'éthique planétaire : ‹ Reste à savoir si une culture planétaire à venir parviendra à réunir les règles et les concepts moraux de l'humanité en abolissant toutes les distances et tous les relativismes pour construire une éthique commune, en passant par exemple par la crise écologique ou le risque d'une guerre atomique, qui menacent l'avenir de l'humanité toute entière. Mais il paraît clair qu'il sera à nouveau possible pour une philosophie pratique de transmettre à la conscience de chacun la validité universelle de ses intuitions [...]. Cela seulement restaurera la philosophie pratique dans sa dignité passée, dans sa capacité non seulement à reconnaître le bien, mais également à contribuer à le promouvoir. ›(3) »(4) ---------- (1) Hans-Martin Schönherr-Mann, Miteinander leben lernen [Apprendre à vivre ensemble], Munich 2008, p. 219 sq. (2) Ibidem, p. 222 (3) Hans-Georg Gadamer, Wertethik und praktische Philosophie [Éthique des valeurs et philosophie pratique] (1982), Gesammelte Werke [Œuvres complètes] vol. 4, Neuere Philosophie II [Nouvelle philosophie II], Tübingen 1987, p. 213 (4) Schönherr-Mann, Miteinander leben lernen [Apprendre à vivre ensemble], p. 238 Haute de page
L'éthique plané- taire : Qu' est-ce que c'est ? Une éthique planétaire, pour quoi faire ? • A quoi ca sert ? • Fondements
philosophiques •• Max Weber •• E. Lévinas
•• Hans Jonas •• Karl Jaspers
•• J. Habermas
•• John Rawls
•• H.-G. Gadamer